Le Secret de Brokeback Mountain (titre original : Brokeback
Mountain - au Canada, Souvenirs de Brokeback Mountain) est
un film américain réalisé par
Ang Lee,
sorti en 2005.
Synopsis
Adapté d'une nouvelle d'Annie Proulx, prix Pulitzer (¹), le
film raconte la passion secrète vécue pendant vingt ans par
deux hommes, Ennis del Mar et Jack Twist qui « avaient
grandi dans deux misérables petits ranchs aux deux
extrémités de l'État [du Wyoming] ». Ces deux cow-boys se
rencontrent au printemps 1963, employés par le Farm and
Ranch Employment, l'un comme berger, l'autre comme
responsable de camp, assignés au même élevage de moutons au
nord de Signal, dans un alpage situé sur la Brokeback
Mountain, « ils n'avaient pas vingt ans ». Malgré cette
première rencontre, suivie par une seconde seulement quatre
ans après, ils font leur vie chacun de leur côté, se marient,
ont des enfants, et se rencontrent épisodiquement entre le
Wyoming et le Texas, avant que Jack Twist ne soit tué dans
des circonstances douteuses, laissant Ennis seul avec ses
souvenirs.
Publiée dans The New Yorker en octobre 1997, puis en
français dans le recueil Les Pieds dans la boue, Rivages
poche / Bibliothèque étrangère, Payot 2001, puis extraite du
recueil par Grasset, 2006, à l'occasion de la sortie du
film.
Commentaire et critique
La difficulté d'être gay, que ce soit vis-à-vis de soi-même
ou vis-à-vis de la société, est au cœur de ce film qui
emprunte au genre western tout en s'en démarquant. «
Brokeback est une grande histoire d'amour épique qui
représente le rêve d'une complicité totale et honnête avec
une autre personne », résume son auteur Ang Lee. Une
réplique de la nouvelle d'Annie Proulx a particulièrement
marqué le réalisateur ("Tout ce que nous avons, c'est
Brokeback Mountain"). « C'est-à-dire un endroit hors du
temps, hors du monde, où, en toute innocence, ils se sont
aimés, où ils ont cru pouvoir s'aimer. […] C'est ce qui
m'intéressait : faire un film sur l'illusion de l'amour. Pas
sur le véritable amour. On ne sait pas ce que c'est. ». « Il
y a une certaine beauté dans l'état d'attente amoureuse.
L'amour est comme la montagne du film. Il faut grimper,
encore et encore, pour l'atteindre. C'est une question
existentielle. A quoi reconnaît-on l'amour ? Et que
sommes-nous prêts à faire pour le garder ? » (Ang Lee, fin
2005).
Télérama remarque que « s'il manque parfois à la réalisation,
le génie spécial d'un… Wong Kar-wai pour dire le lent et
vain écoulement de l'énergie vitale loin de l'être aimé,
deux personnages bouleversants s'incarnent bel et bien. […]
Comme s'il n'y avait qu'un seul instant d'éternité dans
toute une vie et, ensuite, des décennies vouées, en
solitaire ou à deux, au culte de cet instant. » (Télérama n°
2923, Louis Guichard). Le Monde, quant à lui souligne que «
c'est dans cette universalité que l'on trouvera une
éventuelle portée sociale et politique à ce qui est d'abord
un beau film, grave et déchirant. » (Le Monde, 18 janvier
2006, Thomas Sotinel, « À l'Ouest, un amour impossible »).
Deux principales voix dissonnantes, dans un concert de
louanges qui vont de l'Humanité au Figaro. Les Cahiers du
cinéma tout en reconnaissant au cinéaste Ang Lee d'être «
décidément aussi passionnant qu'inégal », regrettent que le
film « bloque toute effusion et condamne au surplace de la
belle image, hormis quelques forts passages de montagne et
le court éblouissement d'un soir de fête foraine » (n° 608,
janvier 2006). La revue française Positif (n° 539, janvier
2006) est encore plus sévère en considérant qu'Ang Lee a
tiré de la nouvelle «un film académique et longuet qui
collectionne les cartes postales. […] L'ensemble sombre
assez vite dans le mélodrame lourdaud où tout est surligné
et dans la guimauve ».
Ce film risquait fort d'être contesté lors du 62e festival
du film à Venise où il a été présenté pour la première fois
dans la grande salle du Lido le jeudi 4 septembre 2005. «
Mais c'est un surprenant tonnerre d'applaudissements qui a
conclu la projection de ce qu'il faut bien appeler le
premier western homosexuel épique et hollywoodien » (Libération,
5/09/2005) et le film a remporté le Lion d'or, après avoir
été un des pics d'émotion du festival.
« Spécialisé dans ce registre de la vie gay en milieu hétéro
(Garçon d'honneur), l'Américain Ang Lee récidive avec la
mise en images grandioses de l'un des plus tenaces fantasmes
homo : le western pédé, l'amour entre cow-boys (en l'espèce,
on pourrait dire «co-boys»), sur fond de paysages
magnifiques, de feux de camp et de baignades nues dans les
rivières édéniques du Wyoming. De ce motif, on connaissait
déjà la version avant-garde mutique d'Andy Warhol (Lonesome
Cow-boys), d'innombrables versions pornos ou même le point
de vue lesbien développé par Gus Van Sant dans Even
Cow-girls Get the Blues. Mais il manquait la version
hollywoodienne et grand public, panoramique et classique,
qu'Ang Lee vient de signer avec une belle audace, après le
succès mondial de Tigre et Dragon. Le plus réussi dans cette
passion déployée sur plus de vingt ans entre deux très beaux
cow-boys hétéros et mariés (Heath Ledger et Jake Gyllenhaal
: on prend les deux), c'est justement que leur amour ne
s'explique pas : il s'impose, et d'abord à eux-mêmes » (Libération).
Drôle de mélange entre les conventions du western canonique,
pratiquement toutes respectées, et l'incongruité d'un thème
à la fois sentimental et viril, Brokeback Mountain, qui
peine peut-être un peu à s'installer dans ses premières
séquences, atteint de vrais pics d'émotion dans sa seconde
partie, plus âpre et finalement tragique. Ce n'est sans
doute pas du John Ford ou du Nicholas Ray, mais c'est un bel
hommage au genre western et à ses maîtres, même si ceux-ci,
possiblement, s'en seraient étranglés.
« J'étais au Texas avec Larry McMurtry et des amis. L'un
d'eux m'a donné le New Yorker en me recommandant d'y lire la
nouvelle d'Annie Proulx. Aux deux tiers, j'avais déjà les
larmes aux yeux. Je me suis levée le lendemain matin et l'ai
relue, parce que je voulais voir si elle me faisait autant
d'effet que la veille. Elle m'a touché encore davantage et
j'ai demandé à Larry de la lire. Larry a trouvé que c'était
la meilleure nouvelle qu'il ait jamais lue dans le New
Yorker et nous avons décidé d'écrire à Annie Proulx pour lui
faire part de notre souhait d'écrire un scénario à partir de
cette histoire. », Diana Ossana, scénariste et productrice
du film, Notes de production, « Dossier de presse ».
Succès commercial
Le film a d'ores et déjà rapporté plus de 160 millions de
dollars de recettes au box-office (dont près de 50 % hors
États-Unis), ce qui en fait le film produit par Focus
Features le plus rentable (il n'aurait coûté que 14 millions
de dollars, sans les coûts de promotion). Il se classe
d'ores et déjà au 8e rang des films dramatiques depuis 1980,
d'après IMDb. En France, au bout de la 12e semaine
d'exploitation, il a dépassé 1 255 000 spectateurs, dont
plus de 405 000 rien qu'à Paris, ce qui en fait l'un des
plus beaux succès du début 2006 en France.
Originalité du thème
Outre le fait que le scénario est inspiré d'une nouvelle, la
thématique du film est moins originale qu'il n'y paraît de
prime abord. Il semble nécessaire de pondérer l'idée avancée
d'un sujet "original" et "atypique", le western ayant été de
très nombreuses fois utilisé comme support d'analyse de la
condition homosexuelle dans le cinéma indépendant américain,
ce depuis le début des années 90. Ce qui, bien entendu,
n'enlève rien aux qualités esthétiques du film ou au talent
de son réalisateur.
Fiche technique
Titre : Le Secret de Brokeback Mountain (au Canada,
Souvenirs de Brokeback Mountain)
Titre original : Brokeback Mountain
Réalisation : Ang Lee
Scénario : Larry McMurtry et Diana Ossana, d'après la
nouvelle éponyme d'Annie Proulx
Production : Diana Ossana et James Schamus, Scott Ferguson
(co-producteur), Michael Costigan, Tom Cox, Michael Hausman,
Larry McMurtry et William Pohlad, Murray Ord et Alberta Film
Entertainment sont également crédités.
Société de production : Focus Features (une société
indépendante, du groupe Universal Pictures)
Budget : 14 millions de dollars
Musique : Gustavo Santaolalla et Marcelo Zarvos
Photographie : Rodrigo Prieto
Montage : Geraldine Peroni et Dylan Tichenor
Décors : Judy Becker
Pays d'origine : États-Unis
Format : Couleurs - 1,85:1 - DTS / Dolby Digital - 35 mm
Genre : Drame, romance
Durée : 134 minutes
Dates de sortie : 2 septembre 2005 (Mostra de Venise), 9
décembre 2005 (États-Unis), 23 décembre 2005 (Canada), 18
janvier 2006 (France, Suisse romande), 22 février 2006 (Belgique).
Voir aussi : sorties de Brokeback Mountain.
Distribution
Heath Ledger : Ennis del Mar
Jake Gyllenhaal : Jack Twist
Randy Quaid : Joe Aguirre
Anne Hathaway : Lureen Newsome Twist
Michelle Williams : Alma del Mar
Valerie Planche : serveuse
Graham Beckel : L.D. Newsome
David Harbour : Randall Malone
Kate Mara : Alma Jr. à l'âge de 19 ans
Roberta Maxwell : la mère de Jack
Peter McRobbie : John Twist
Anna Faris : LaShawn Malone
Linda Cardellini : Cassie Cartwright
Scott Michael Campbell : Monroe
David Trimble : un berger Basque
Autour du film
Le tournage s'est déroulé dans l'Alberta, de mai à août
2004, dans les montagnes Rocheuses autour de Calgary, à
Bieseker, Carseland, Cowkey, Crossfield, Fort MacLeod,
Irricana, Rockyford et Seebe, au Canada, ainsi qu'à La
Mesilla, dans l'État du Nouveau-Mexique, aux États-Unis.
Le film a été censuré lors de sa sortie à Sandy (Utah) au
début de 2006 par une chaîne de cinéma de cet État lire un
des articles du Salt Lake Tribune. Il a été également
censuré en Chine.
Le Monde y a consacré une page entière de son édition du 18
janvier 2006 tandis que Libération y consacrait ledit jour
la moitié de sa Une.
Musique originale : voir aussi la bande originale de
Brokeback Mountain.
Michelle Williams et Heath Ledger se sont rencontrés sur le
tournage, ils ont depuis eu un enfant ensemble.
Récompenses principales
Lion d'or à la Mostra de Venise 2005
Golden Globes du meilleur film dramatique, du meilleur
scénario, du meilleur réalisateur et de la meilleure chanson
originale. 3 autres nominations aux Golden Globes dont celle
pour le meilleur acteur principal.
Le 19 février 2006, il a été le grand vainqueur de la
cérémonie des British Film Academy Awards (BAFTA), les
récompenses annuelles du cinéma britannique, avec quatre
prix au total, dont celui de meilleur film, cérémonie lors
de laquelle il a également remporté les Baftas du meilleur
réalisateur, meilleur second rôle masculin pour l'acteur
Jake Gyllenhaal et celui de la meilleure adaptation
cinématographique.
Selon plusieurs sites américains concordants, relayés par
Universal Pictures, il serait le film le plus primé au monde
en 2005.
Aux Oscars 2006, c'est ce film qui obtient le plus de
nominations (8) dans les catégories « meilleur film », «
meilleur réalisateur », « meilleur scénario adapté », «
meilleur acteur » (Heath Ledger), « meilleur second rôle
féminin » (Michelle Williams), « meilleur second rôle
masculin » (Jake Gyllenhaal), « meilleure musique » et «
meilleure photographie ».
Lors de la 78e cérémonie des Oscars à Hollywood, le 5 mars
2006, le film d'Ang Lee, présenté comme le grand favori, n'a
finalement reçu que trois récompenses sur huit possibles (ce
qui en fait malgré tout le 1er ex-aequo) : « meilleur
réalisateur », « meilleure musique de film » et « meilleur
scénario adapté ». Mais l'Oscar du meilleur film est
finalement revenu au film de Paul Haggis « Collision ».